Yémen : les préparatifs d’une nouvelle guerre totale

Alors que la guerre au Yémen entre dans une nouvelle phase d’incertitude, l’Arabie saoudite accélère la réorganisation des forces du gouvernement légitime afin de contenir à la fois les Houthis et les ambitions séparatistes du CTS. Cette recomposition militaire s’accompagne d’une montée des tensions sur les fronts, tandis que Riyad et les Houthis semblent se préparer à une possible reprise des hostilités à grande échelle.
Les fronts yéménites ont connu, au cours des deux derniers mois, une recrudescence d’activité d’une rare intensité. Depuis le début du mois de juillet, les Houthis ont semblé vouloir tester les défenses des différents bataillons de l’armée régulière.
Le 5 juillet, les rebelles ont lancé une première offensive sur la côte, à Hodeïdah, puis une seconde, le 16 juillet à Qanaw, dans le gouvernorat voisin de al-Jawf. Le 20 juillet, c’est dans le sud de Marib, à Harib, qu’une frappe de drones houthis a tué quatre soldats.
Depuis le cessez-le-feu tacite conclu en 2022 sous l’égide de la diplomatie chinoise, qui avait permis un rapprochement entre l’Arabie saoudite et l’Iran, la guerre de mouvement avait complètement cessé, laissant place à une guerre de positions. Mais les bombardements menés par Israël et les États-Unis contre l’Iran ont profondément bouleversé cet équilibre précaire. En représailles, Téhéran a frappé l’Arabie saoudite, principal allié de Washington dans la région.
Cette escalade a alors brisé le pacte de non-agression passé entre l’Iran et le royaume des Saouds en 2022, grâce à l’entremise des Chinois. Et par ricochet, celui avec les Houthis. La République islamique aurait également demandé aux rebelles yéménites de perturber de nouveau le trafic maritime en mer Rouge pour accroître la pression sur l’économie mondiale et pousser ainsi les Américains à signer un accord défavorable.
Les Houthis ont semble-t-il obtenu le feu vert pour s’en prendre directement aux Saoudiens en vue, eux aussi, de mettre la pression sur Riyad pour passer un deal. Depuis 2022 et des pourparlers inédits entre les rebelles et le leader de la coalition au Yémen, les Houthis ont constitué une feuille de route pour un accord de paix avec son voisin. Cette dernière n’a cessé d’évoluer depuis la mise en pause de négociations faisant suite au l’embrasement régional après le 7 octobre 2023.
Les Houthis réclament des milliards aux Saoudiens
Aujourd’hui, les Houthis réclament aux Saoudiens une enveloppe totale de 57 milliards de dollars de compensation.
Dans le détail, il y a 13,1 milliards de dollars pour les salaires impayés des fonctionnaires travaillant dans les zones administrées par les rebelles. Ces derniers n’ont en effet plus été rémunérés depuis le coup d’État. Beaucoup ont dû quitter leur fonction, fuir en zone gouvernementale (où les salaires sont également octroyés en moyenne tous les six mois et ont perdu toute valeur à cause de l’inflation), ou multiplier les petits emplois pour pouvoir vivre.